Internet nommé désir

Publié le par Victor Yague

Internet nommé désir

C'est à l'approche des fêtes de fin d'année que l'on sent naître en nous l'ultime élan consumériste de l'année, l'achat des cadeaux de Noël. Jusque-là rien d'anormal sinon que l'on assiste à une augmentation significative des commandes en ligne que ce soit sur Amazon ou Alibaba pour ne citer qu'eux.

Le modèle est bien rôdé, bien pensé, rapide et efficace. Voilà les points positifs. Passons maintenant à l'envers du décors.

La suppression des intermédiaires c'est vrai c'est moins cher et en même temps vous ne touchez pas l'objet de votre désir autrement qu'avec les yeux, vous ne pouvez donc vous fier qu'aux avis des consommateurs précédents finissant d'achever le sentiment persistant d'avoir non seulement la même idée mais également la même offrande à mettre sous le sapin qu'une foule d'internautes.

Je poursuis au risque de verser dans le sentimentalisme mais où est l'esprit des fêtes là-dedans ? Les visites de magasin en famille ou entre amis, les déambulations au marché de Noël avec ses couleurs chatoyantes et ses odeurs caractéristiques de châtaigne et de vin chaud, rien de tout ça dans la froide contemplation de son écran ou de sa tablette.

Je ne parle même pas du modèle de management exécrable des employés esclaves des géants du net précédemment cités (ça ne vous étonne pas la livraison en un jour ouvré ?), exemplaires dans leur faculté hors norme à esquiver l'impôt alors même qu'ils réalisent sur nos terres des profits substantiels avec près de 20% des ventes totales de fin d'année, la part du lion en somme. Une situation qui fait grincer bien des dents du côté des commerçants qui ont bien du mal à suivre cette guerre des prix avec leur enseigne physique et leur non optimisation salariale et fiscale.

L'autre risque potentiel de ce genre d’habitude d'achat c'est qu'on en systématise l'usage  au point que même nos institutions s'en saisissent pour abdiquer des pans entiers de prérogatives autrefois réservées. Telles la vente aux enchères d'avions de ligne en Chine ou celle d'un véhicule de reconnaissance militaire en Russie. Cette tendance a de quoi inquiéter car le curseur de la légalité varie dangereusement d'un pays à l'autre, contrairement à l'absence de frontières sur la toile (sans aborder le flou artistique et autrement plus préoccupant du Dark Net !).

Il ne s'agit pas là de criminaliser les utilisateurs de ces plates-formes, mais bien de lancer une brève alerte sur le risque à mettre tous ses œufs dans le même panier. Si nous achetons tout en ligne bientôt on nous livrera également notre nourriture, nos loisirs, nos rencontres... Ah mais attendez c'est déjà un peu le cas non ?

 

"On exagère toujours dès qu'on veut dire la vérité"  - Tomi Ungerer

 

En vous souhaitant de bonnes fêtes en famille ou entre amis !!

 

 

Publié dans D'ici et d'ailleurs

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