Chinoiseries syriennes

Publié le par Mehdi Ezzahi

Le ministre des Affaires étrangères syrien Walid Mouallem et son homologue chinois Wang Yi

Le ministre des Affaires étrangères syrien Walid Mouallem et son homologue chinois Wang Yi

A l’heure où l’armée arabe syrienne taille des croupières à Daesh[1] et où les Etats-Unis affirment avoir cessé toute aide envers les rebelles « modérés »,[2] la Chine compte bien se tailler la part du lion de la probable victoire d’Assad.

 

Bien que n’ayant jamais envoyé d’hommes au sol, Pékin a opposé à six reprises son veto à des résolutions hostiles envers la Republique Arabe Syrienne au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Un accord inter-défense conclu en août 2016[3] avait confirmé l’appui chinois sous forme de livraisons de matériel médical et de formations en médecine aux troupes syriennes. La Chine craignait notamment le ralliement croissant à Daesh de ses ressortissants issus de l’ethnie Ouïghour.

 

Au-delà des intérêts géopolitiques, Pékin mise surtout sur les perspectives économiques que ne manque pas d'offrir la reconstruction de la Syrie. Les chantiers de l’après-guerre seront longs et innombrables et les entreprises chinoises se positionnent comme des investisseurs privilégiés. Ainsi, la première foire de rencontre pour la reconstruction de la Syrie organisée le 9 juillet dernier par la China-Arab Exchange Association a réuni des centaines de spécialistes chinois en investissements dans les infrastructures. Elle s’est conclue par l’annonce de 2 milliards de dollars d’investissements dans un parc industriel en Syrie pour 150 sociétés chinoises ; la 59ème foire internationale de Damas qui se tiendra du 17 au 26 août prochain devrait confirmer cette dynamique.

 

Depuis 2014, la Chine a initié le projet Initiative one belt, one road autrement nommé « nouvelle Route de la Soie »[4], dont l’un des corridors passera par la Syrie. Le port de Lattaquié assurera à cette route commerciale un débouché sur la Méditerranée.  Avant le conflit, les Chinois avaient consacré des dizaines de milliards de dollars aux champs pétro-gaziers syriens. Ils pourront remettre le couvert dans ce secteur en plus de remporter la mise dans les infrastructures (routes, chemins de fer, réseaux électriques…), qu’ils renouvelleront bien entendu selon leurs propres technologies afin de s’en arroger la maintenance…

 

La France hélas paiera sans nul doute sa nullité diplomatique sur le dossier syrien, faite de candeur et de suivisme atlantiste, et ne pourra espérer que des miettes de la reconstruction d’un pays où elle avait pourtant à jouer une partition bien plus juste.

 

 

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Gaby 31/07/2017 11:27

Sujet très intéressant dont vous rendez très bien compte en quelques lignes !

Mehdi Ezzahi 31/07/2017 17:47

Merci !