Le bazar au Qatar

Publié le par Mehdi Ezzahi

 

Le 5 juin dernier, l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, le Bahreïn, la Libye, le Yémen et les Maldives ont rompu leurs relations diplomatiques avec l’émirat du Qatar. L'hôpital saoudien, à la source de cette manœuvre diplomatique, reproche à la charité qatarie son soutien aux Frères Musulmans et à des groupes djihadistes proches d'Al Qaïda. L'Arabie Saoudite pointe également des propos de l'émir du Qatar Tamim Ben Hamad Al Thani rapporté par l'agence de presse Qatar News Agency, qui laissaient augurer d'un rapprochement avec l'ennemi héréditaire iranien1.

 

 

 

Ce coup diplomatique a des conséquences très concrètes et immédiates pour le Qatar. Si ses exportations de gaz ne sont pour le moment pas impactées, le blocus économique instauré par l'Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et le Bahreïn fait planer la menace d'une pénurie alimentaire. En dépit d'une politique volontariste de soutien au secteur2, l'agriculture locale est encore largement sous-développée et l'émirat doit importer près de 90% de ses denrées. 40% de ses importations transitaient jusqu'alors par la frontière saoudienne, unique point de contact avec la péninsule arabique. Côté mer, une grande partie du ravitaillement se faisait via les ports des Émirats Arabes Unis désormais fermés aux navires qataris.

 

Malgré leur ton rassurant, les autorités qataries ont tôt fait de chercher des grossistes ! L'Iran fait office de maraîcher en ayant déjà acheminé près de 900 tonnes de fruits et légumes par avion et par bateau la semaine dernière. L'espace aérien iranien a également été ouvert aux vols à destination et en provenance du Qatar. Pour contourner la fermeture maritime des Émirats Arabes Unis, Doha pourra compter sur l'ouverture de deux nouvelles liaisons avec les ports omanais de Sohar et de Salalah3. Les méthaniers qataris  pourront ainsi s'y ravitailler en fioul. Enfin, le Qatar bénéficie du soutien de la Turquie qui a mis en place un pont aérien pour l'approvisionner notamment en volaille et en produits laitiers. La Turquie va également déployer plusieurs milliers de soldats au Qatar et former la gendarmerie locale, ce qui constitue la mise en œuvre d'un accord de défense stratégique4 signé entre Ankara et Doha en décembre 2014.

 

 

Commenter cet article