L'Ukraine et la guerre des dogmes

Publié le par Victor Yague

(Photo : SIPA.AP21512702_000002)

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Force est de constater qu'on ne badine pas avec les affaires de foi au pays des cosaques zaporogues.

Les affres de la crise ukrainienne de 2013, rapidement suivie de la guerre du Donbass en 2014, ont plongé le pays dans un foutu bordel où l'on a vu resurgir de vieilles querelles nationalistes jamais vraiment éteintes. Et qui mieux que les serviteurs de Dieu pour attiser les braises dissimulées sous la cendre des années?

Il faut dire que la situation sur ce plan là n'est pas simple non plus. Les 43 millions d'âmes que compte l'Ukraine (hors Crimée depuis l'annexion russe du 18 mars 2014) sont partagés entre plusieurs obédiences  cousines (même rite, même credo) mais toujours fâchées.

La majorité des croyants sont chrétiens-orthodoxes (estimés à 25 millions) et partagés entre trois églises principales :

  • Le Patriarcat de Moscou, de tendance pro-russe mais fort d'une présence séculaire et d'une assise territoriale dominante, interlocuteur privilégié des autres églises chrétiennes.
  • Le Patriarcat de Kiev, en faveur du gouvernement ukrainien et s'affichant comme le garant de l'identité nationale, créé en 1992 à la suite de l'effondrement de l'URSS, il n'est pas reconnu par la communion des églises orthodoxes.
  • L'Eglise Orthodoxe Ukrainienne Autocéphale (EOUA), moins suivie que les deux précédentes, mais affichant des positions proches du Patriarcat de Kiev tout en s'en dissociant vigoureusement, née en 1920 d'un schisme avec le Patriarcat de Moscou.

A cela il faut rajouter un bon million de croyants catholiques et gréco-catholiques, l'essentiel des 250 000 musulmans tatars étant aujourd'hui sous tutelle russe en Crimée.

Depuis le début de la crise ukrainienne, on constate une flambée de violence à l'égard des membres du clergé du Patriarcat de Moscou et des biens de ladite Eglise. Cette dernière est perçue comme une cinquième colonne susceptible de saper l'autorité du gouvernement de Kiev. Le paroxysme de ces tensions a été atteint avec l'assassinat pur et simple du père Roman Nikolayev et de la sœur Alevtina, du monastère Florosky à Kiev le 26 juillet 2015. 

Le genre de méthode que même le terrible Taras Boulba n'aurait pas approuvé y compris à l'encontre des vils oppresseurs catholiques polonais de jadis. Un paradoxe apparemment peu soulevé parmi les nationalistes à la vue courte.

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Vladimir 07/06/2017 09:21

Encore une article qui fait grand plaisir! merci baucoup à son auteur