Du libéralisme-libertaire au « néo-puritanisme » : l'exemple des Rolling Stones

Publié le par Martin Ryan

Du libéralisme-libertaire au « néo-puritanisme » : l'exemple des Rolling Stones

 

Bien que le quinquennat de François Hollande s'achève sur un chaos social, économique et politique, on retiendra néanmoins une séquence historique pour le combat des idées en France.

 

L'on a notamment assisté, en particulier dans le contexte des manifestations contre le mariage homosexuel au printemps 2013, à une profonde remise en question des valeurs issues de « mai 68 », et de fait, à la redécouverte d'une critique radicale de l'idéologie « libérale-libertaire », entamée dès les années soixante-dix par Michel Clouscard1.

 

Il aura certes été nécessaire sinon vital pour ma génération2 – biberonnée à l'existentialisme sartien, « libre » mais sans s'être « libérée de... » – de faire l'examen et le bilan de ces valeurs dites de « mai 68 », héritées de nos parents. En effet comment bâtir en adultes responsables une société stable et durable, tout en célébrant le culte de la table rase et la « jouissance sans entrave » ?

 

Mais qu'en est-il réellement du « libéralisme-libertaire » aujourd'hui ? Cette idéologie appartient-elle toujours au présent ?

 

J'observe pour ma part, le développement toujours plus grandissant de ce que j’appellerais un « néo-puritanisme », qui n'a, hormis des origines anglo-saxonnes partagées, que peu à voir il faut l'admettre avec les valeurs dites de « 68 ». En effet, si celles-ci supposaient (pour le meilleur et pour le pire) l'émancipation des individus par la levée des interdits sur fond de transgression, ce « puritanisme » d'un genre nouveau suppose, lui, une soumission à un rigorisme moral porté par des clercs et une absence de révolte.

 

Nous nous trouvons ainsi dans une situation absolument paradoxale, où ce qui pouvait être permis dans les premières années post-68 au nom de la « liberté d'expression» et « d'opinion », relève désormais du tabou, et cela sans qu'un retour « à l'ancien monde » ait été nécessaire !

 

Bien sûr, l'on pense immédiatement à ce nouveau clergé politico-médiatico-culturel bien-pensant, qui prêche la bonne parole depuis « les hautes sphères ». Mais ce phénomène s'est également propagé au sein de la société civile de manière insidieuse et rapide, avec de nombreux individus vivants dans la peur permanente du « dérapage ». Et si l'on avait l'habitude de dire, à propos des puritains anglais du XVIème siècle, « qu'ils voyaient le sexe partout, sauf dans la sexualité », les « nouveaux puritains » eux, voient du « racisme » et du « sexisme » en permanence, quand bien même ces derniers prôneraient aussi une société de « l'indifférenciation » (sans genres) ! 

 

Ainsi, la peur du « dérapage » est rapidement devenue une peur de nommer les choses par leur nom, sinon de dire tout simplement le Réel. Nous touchons là à l'essence même de tout puritanisme : l'existence de tabous.

 

Pour illustrer mon propos, je prendrai l'exemple des Rolling Stones, le célèbre groupe rock anglais – dont votre serviteur est un grand fan – qui a parfaitement su incarner l'hédonisme soixante-huitard à travers le Sex, drug & rock'n'roll, mais qui s'est paradoxalement lui aussi conformé au nouvel air du temps, « puritain ».

 

 

Qui sont les Stones ? De quoi sont-ils le nom ?

 

 

Il m'apparaît plus que nécessaire de faire certains rappels pour que le lecteur prenne véritablement la mesure de ce qui est en jeu.

 

Sans rentrer dans des détails biographiques, l'on peut dire que les Rolling Stones sont le produits d'au moins trois révolutions : musicale, culturelle et économique.

 

Musicale :

Jusqu'au début des années 60, la scène musicale anglaise était entièrement dominée par Frank Sinatra. Chanteur d'origine italo-américaine et pratiquement cinquantenaire à l'époque, il incarnait encore « l'ancien monde » qui allait bientôt disparaître.

Mais sont en même temps arrivés en Angleterre des genres musicaux nouveaux  issus de la tradition noire américaine (jusque-là inconnue en Europe), au premier rang desquels le Rythm'n'blues (qu'il ne faut toutefois pas confondre avec ce que l'on appelle aujourd'hui le « R'N'B »).

Grands amateurs de musique noire américaine, à la fois blues (le nom du groupe est d'ailleurs directement issu de la chanson Rolling Stone composée par l'une de leur idole de jeunesse, le célèbre bluesman Muddy Waters) et rock'n'roll (Chuck Berry), les Rolling Stones ont naturellement participé à ce mouvement à leurs débuts, en s'appropriant ces styles importés d'outre-Atlantique, notamment à travers de nombreuses reprises.

Et s'ils ont su, tout au long de leur carrière, développer leur propre son (en y incorporant notamment le genre « country » dès la fin des années 60) et s'adapter à merveille aux différentes évolutions musicales (arrivée du reggae en Angleterre et naissance du mouvement punk au milieu des années 70), ils sont néanmoins toujours restés fidèles à leur base « blues » originelle. Leur dernier album sorti en 2016 au titre évocateur, Blue and Lonesome, se veut un retour aux sources, sinon un hommage aux racines noires américaines du rock.

C'est là tout le paradoxe des Stones : Jouisseurs excessifs, « soixante-huitards » modèles à travers le Sex, drug & rock'n'roll certes, mais aussi musiciens passionnés, avec le sens de l'héritage, de la continuité et de la transmission.

Enfin, l'arrivée de ces nouveaux genres musicaux s'est accompagnée d'une révolution technique sans précédent dans le domaine de l'enregistrement et des instruments de musique, au premier rang desquels, la guitare électrique rock. Ce sera le début de l'industrie du disque, qui va grandement profiter aux Rolling Stones et à l'ensemble des jeunes talents de la même génération.

 

 

 

Culturelle :

Le début des années 60 a été le point de départ d'une profonde évolution des mentalités en Europe de l'Ouest et aux États-Unis.

Le monde de l'après-guerre était marqué par un fort contrôle social et de nombreux interdits, où des tabous existaient : le sexe, la drogue, la contraception, l'avortement, etc. Les libertés d'expression et d'opinion étaient par conséquent très encadrées et le dialogue entre les générations était inexistant.

Bien que prospère économiquement (plein emploi), la société du début des années 60 était extrêmement pesante (moralement) pour sa jeunesse, à un niveau peut-être très difficilement imaginable pour ma génération. « Les enfants gâtés » des Trente Glorieuses réclameraient donc logiquement une plus grande intégration culturelle et politique, avec la levée des interdits, ce qui allait logiquement amener, entre autres, à la révolution de mai 68 (du moins son volet « libertaire »).

Plus largement, les années 60 seront une période de grands bouleversements (Guerre du Vietnam, Mouvement pour les droits civiques aux États-Unis, naissance du Mouvement hippie et autres Flower Power) qui seront à l'origine de ce que l'on a appelé la « contre-culture », qui influencera fortement les Rolling Stones et la musique de l'époque en général. 

La révolution sexuelle sera logiquement l'un de des grands thèmes de leur musique – déjà imprégnée d'une musique noire très chargée sexuellement – ce qui trouvera évidemment un formidable écho au sein de la jeunesse britannique et occidentale dans son ensemble. L'une de leur plus célèbre chanson (I Can't Get No) Satisfaction, composée en 1965, est tout à fait emblématique de cette époque.

 

 

 

Économique :

Cette révolution est plus tardive que les deux premières, car il faudra attendre la fin des Trente glorieuses (donc la fin des années 60) pour que l'on puisse observer un réel changement de paradigme en matière économique.

Dans un article paru en février dernier intitulé « Tous des bouts d'chou, ou le crépuscule des grandes personnes »3, j'avais déjà appréhendé le phénomène, à propos des évolutions historiques de la société de consommation : « Pour maintenir un capitalisme marchand dans un monde en proie au ralentissement économique, où le consumérisme "de papa" - ringard et dépassé – n'est déjà plus vendeur, il faudra inventer un capitalisme de la séduction (ou "industrie du désir") pour pouvoir faire des enfants gâtés des Trente glorieuses les nouveaux consommateurs de demain ; c'est le consumérisme "de fiston", la petite révolution libertaire de mai 68 ayant déjà préparé les mentalités, avec ses "jouir sans entraves" ou autres "il est interdit d'interdire". […] Naissent alors "les produits culturels", en grande partie issus de la pop culture. ».

La libération des forces productives, qu'implique la levée des interdits, participera évidemment de ce nouveau modèle économique.

Ces évolutions vont logiquement permettre aux Rolling Stones de viser un marché de masse à travers une industrie du disque qui a évidemment répondu présente. Et contrairement à de nombreux groupes de l'époque, en particulier les Beatles, les Stones deviendront très vite des experts en marketing, notamment avec la création de leur propre label au début des années 70. Les talents de businessman de Mick Jagger, ancien élève de la London School of Economics, y ont sans doute été pour beaucoup et aideront grandement le groupe à se préserver des maisons de productions.

 

 

Quand les Rolling Stones, ces « rebelles », se plient au « néo-puritanisme », cas pratiques :

 

 

L'histoire de trois chansons des Stones permettent d'avoir une idée assez claire de de la question. 

 

Brown Sugar

Parue sur le mythique album Sticky Fingers sorti en 1971, dont elle est l'ouverture, Brown Sugar est indiscutablement l'un des plus grand succès des Rolling Stones, systématiquement jouée sur scène et qui figure régulièrement dans les classements des meilleures chansons rock de tous les temps.

Cette chanson parle d'une esclave noire vendue sur un marché de La Nouvelle-Orléans et qui devient l'objet sexuel de tous ses maîtres blancs, qui vantent ses mérites et notamment son goût (brown sugar signifie littéralement « sucre brun » en anglais, mais est aussi le terme employé pour désigner une « beauté noire »), montrant une forme de dépendance. Au-delà d'une l'allusion à l'attirance sexuelle des femmes noires, le titre fait aussi référence à la drogue puisque « brown sugar » est le terme d'argot américain pour désigner l'héroïne brune. La chanson a donc un double-sens puisqu'elle peut parler aussi de la dépendance des jeunes blancs pour la drogue en usant le vocabulaire de l'esclavage.

L'inspiratrice de Brown Sugar aurait été l'une des conquêtes amoureuses de Mick Jagger rencontrée en 1969, la chanteuse et actrice noire américaine Marsha Hunt (qui deviendra la mère de l'une de ses filles : Karis Jagger), mais une autre légende voudrait qu'il soit question de Claudia Lennear, l'une des choristes (« Ikettes ») du groupe Ike & Tina Turner, avec laquelle Mick Jagger a également entretenu une relation.

Paroles et thèmes abordés ont évidemment été sujets à controverse, mais le groove exceptionnel de Brown Sugar a eu tendance à faire oublier son contenu, ce qui explique sa grande popularité et sa longévité.

Mais le groupe aura néanmoins apporté des modifications au texte initial de leur chef-d’œuvre rock, et ce, sans qu'une demande particulière ait été exigée par le public. Lors des interprétations live de la chanson, le passage "Just like a young girl should" (« Juste comme une jeune fille se doit ») s'est très souvent transformé en "Just like a young man should" (« Juste comme un jeune homme se doit »), de même que "Hear him whip the women just around midnight" (« Entends-le fouetter les femmes autour de minuit ») a souvent été « adouci » en "You shoulda heard him just around midnight" (« Tu devrais l'entendre autour de minuit »). Tout cela étant absolument flagrant dans l'interprétation jouée dans le « concert filmé » du réalisateur Martin Scorcese sortie en 2008, Shine a Light, où « l'authenticité » devait être au rendez-vous...

Dans une interview donnée le 14 décembre 1995 pour le magasine Rolling Stone, Mick Jagger avait même dit à propos de Brown Sugar : « Dieu sait de quoi je parle sur cette chanson. C'est un tel micmac. Toutes ces méchanceté en une seule fois... Je n'aurais jamais pu écrire cette chanson maintenant », et lorsque Jann Wanner qui l'interrogeait lui a demandé pourquoi, Jagger avait répondu : « Je me censurerais probablement, je pense. Oh mon Dieu, je ne peux pas. Je dois m'arrêter. Je ne peux pas écrire simplement comme ça. »

Intéressant de noter comment, en une vingtaine d'années, le vocabulaire de la transgression a laissé place à celui de la culpabilité et de la confession (plus puritain que soixante-huitard) ... 

 

                                                                 

Hey Negrita

Parue sur l'album Black and Blue sorti en 1976. Un morceau aux sonorités assez inhabituelles pour les Stones (influences latines et funk) et mal connu du grand public. Son titre a en effet très tôt déclenché la polémique – certains l'ayant ( très mal) interprété comme une injure raciale.

La chanson met en scène une prostituée et son client (que Mick Jagger interprète tour à tour dans un clip haut en couleur !), un individu d'origine latino-américaine, qui l'apostrophe d'un très « local » : « Hey Negrita ».

En effet « Negrita » est le terme généralement employé dans les pays d'Amérique centrale et caribéenne pour désigner les femmes latines au teint mat. C'était d'ailleurs le surnom que Mick Jagger donnait lui-même à sa première femme d'origine nicaraguayenne, Bianca Perez Morena de Macias (Jagger), ce qui n'empêchera pas ce dernier de devoir se justifier :

« Hey Negrita. C'est un compliment. Je veux dire, ce n'est pas un problème. Je veux dire, quel est le problème, la partie Hey ? Non, je pense que "hey" passera. Quoi, vous pensez que les gens colorés ne l'aimeront pas ? Eh bien... seulement les plus sensibles. Il s'agit de Sud-Américains, c'est exactement ce que vous dites, vous savez ? Vous dites, hey negrita... one negri... negrota... vous dites à une dame, une femme noire...hey negrita ! En fait, cela a été fait, dit à ma chère et tendre, vous voyez » (Extrait d'une interview donnée en 1976 à la sortie de Black and Blue).

Très controversée, Hey Negrita ne survivra malheureusement pas à la tournée européenne de l'été 1976, après laquelle – contrairement à une Brown Sugar aux thématiques similaires – elle ne sera plus jamais jouée dans un concert des Rolling Stones. 

 

 

Some Girls

L'un des grands titres, avec le tube Miss You, de l'album du même nom Some Girls, sorti en 1978 aux sonorités très « punk » (à partir des années 76-77 le punk domine la scène musicale Britannique, les Rolling Stones s'y adapteront tout en restant eux-mêmes).

La chanson est une moquerie d'un ensemble de stéréotypes vus à travers les femmes. Les paroles associent même certains de ces clichés à une origine/nationalité en particulier. L'on y apprend par exemple que « Les Françaises veulent du Cartier » ("French girls they want Cartier") ou que les « Les Italiennes veulent des voitures » ("Italian girls want cars"), une raison « suffisante » pour que différentes associations féministes s'en prennent au groupe dès la sortie de Some Girls, mais ce dernier, prétextant le « second degré », s'en sortira sans dommage.

Second degré oui, mais les années 2000 entamées il y a désormais des « limites ». En effet dans la version jouée dans le concert filmé de Martin Scorcese sorti en 2008, Shine a Light (déjà évoqué plus haut), les paroles seront amputées des deux phrases « de trop » : "White girls they're pretty funny, sometimes they drive me mad" (« Les blanches son marrantes, parfois elle me rendent fou ») ; "Black girls just want to get fucked all night, I just don't have that much jam" (« Les noires veulent juste se faire baiser toute la nuit, je n'ai juste pas la confiture pour le faire »). Tout est dit...

 

 

Mise au point : les Rolling Stones étaient-ils « racistes » ? au lecteur de juger :

 

  • Des références et des idoles directement issues de la tradition musicale noire américaine (Muddy Waters, Chuck Berry, Bo Diddley, etc.) ;

  • Des membres « non-officiels » du groupe, afro-américains, présents en studio d'enregistrement et dans le cadre des tournées : le pianiste Billy Preston et le percussionniste Ollie Brown, qui ont accompagné les Stones tout au long des tournées américaine de 1975 et européenne de 1976 et qui ont participé à l'enregistrement de l'album Black and Blue (1976) ; les choristes Lisa Fischer et Bernard Fowler qui les accompagnent sur scène de façon ininterrompue depuis le début des années 90, ou encore le bassiste américain Darryl Jones, qui a succédé à Bill Wyman en 1993 ;

  • Des collaborations et une proximité artistique avec de grands musiciens noirs : Muddy Waters et Chuck Berry en tête bien sûr (Keith Richards sera même le directeur artistique d'un film-concert sorti en 1987 pour les 60 ans du second), mais aussi Tina Turner, Stevie Wonder, Buddy Guy ou encore Robert Cray avec lesquels ils ont partagé la scène, sans oublier une amitié de jeunesse au début des années 60 avec le trio de chanteuses soul The Ronettes ;

  • Une chanson Sweet Black Angel (1971) écrite en hommage à la célèbre figure du Mouvement pour les droits civiques aux États-Unis, Angela Davis ;

  • Des relations sentimentales avec des femmes noires ou « issues de la diversité » (Marsha Hunt, Claudia Lennear, Bianca Perez Morena de Macias-Jagger, The Ronettes, etc.)

 

 

Cette mise au point étant faite, une question centrale demeure : aurait-on pu écrire, enregistrer, produire et diffuser à grande échelle Brown Sugar, Hey Negrita et Some Girls quarante ans après « il est interdit d'interdire » ? Dans la Grande-Bretagne métropolitaine de Sadiq Khan, la réponse, hélas, est probablement...non !

 

Le libéralisme-libertaire n'était peut-être qu'une étape du capitalisme marchand, lorsque la transgression et le désir étaient vendeurs. Désormais, seul compterait un « consumérisme d'enfant sage » – que j'ai conceptualisé dans mon article cité plus haut : « Tous des bouts d'chou, ou le crépuscule des grandes personnes » – dont la seul valeur centrale semble être le Bien, donc compatible avec le « néo-puritanisme » où tout n'est que posture morale et absence de révolte. 

 

Un « néo-puritanisme » qui comme nous l'avons vu à travers l'exemple des Rolling Stones, déteste les « généralités » et les « stéréotypes » – quand bien même ceux-là serviraient à célébrer la (vraie) « diversité » – , a en horreur tout « second degré non-autorisé », toute phraséologie crue (mais vraie), bref, tout ce qui de prêt ou de loin évoque le charnel.

 

Rappelons au passage, l'existence de « milieux autorisés » à transgresser les « nouveaux interdits ». Pour rester dans le domaine musical, l'on pense immédiatement à ces rappeurs américains, Jay Z, Snoop Dog ou autres Kanye West, qui ne cessent d'employer le terme "nigga" (variante familière afro-américaine de "nigger", « nègre » en anglais) à chaque fin de phrases dans leurs chansons. Obsédés par la question raciale, les « néo-puritains » sont peut-être eux-mêmes devenus « racistes » : Ce que l'on ne tolère plus chez nous « hommes blancs civilisés » au nom du Progrès, on le tolère encore chez ces « barbares », « trop arriérés », eux, pour nous égaler moralement.

 

Enfin, si le « néo-puritanisme » a clairement identifié ses ennemis, il semblerait qu'il ait aussi trouvé un « allié de circonstance » : l'islamisme radical, lui aussi (très) puritain et avec lequel il partage l'idéal de Soumission. Ainsi, peu avant l'été 2016, le groupe rock américain Eagles of Death Metal – attaqué au Bataclan le 13 novembre 2015 parce que "décadent", mais dont le péché sera hélas d'être aussi « pro-Trump » et défenseurs acharné du port d'armes aux États-Unis (du moins le chanteur Jesse Hughes) – a été déprogrammé de deux festivals de musique...en France (Rock en Seine et Cabaret vert 2016) ! Preuve que nous avons bel et bien changé d'époque, mais que le rock, lui, restera toujours subversif...

 

 

 

 

 

1Michel Clouscard, Critique du libéralisme libertaire, généalogie de la contre-révolution, Éditions Delga, 2005

2http://la-centrale-a-idees.over-blog.com/2016/02/la-generation-y-ou-la-fin-de-l-insouciance.html

3http://la-centrale-a-idees.over-blog.com/2017/02/tous-des-bouts-d-choux-ou-le-crepuscule-des-grandes-personnes.html

Publié dans Rappels d'outre-tombe

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RR 18/04/2017 21:46

Article original. On peut comparer ce changement à l'évolution de l'art en général depuis les années 60, qui de transgressif est devenu moral. Les RS étaient à l'origine des jeunes en chair et en os, passionnés de musique noire-américaine et se situant dans une tradition musicale. Ils sont devenu un concept hors sol, un produit international soluble dans les droits de l'homme et du politiquement correct. On en voit les signes très tôt dans leur carrière. Ils avaient réussi à devenir d'abord des personnages, des rôles, puis des concepts. Leur génie tient aussi à leur capacité à évoluer dans le sens du marché, à rester un produit vendable, tout en restant fidèle à une certaine manière de faire de la musique « juchés sur des épaules de géants ». Un exploit en soi.