Réglement de compte à Kuala Lumpur

Publié le par Victor Yague

Cela fait bien longtemps que l'on avait pas vu d'assassinat politique aussi old school.

Je ne parle pas d'un certain candidat à la présidentielle française mais bien de Kim Jong-nam demi-frère malchanceux de l'imprévisible dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et victime fortement supposée du régime en question.

Ici point de polonium mais bien du VX, un agent neurotoxique dérivé du sarin et potentiellement dix fois plus mortel, qui a été appliqué sur l'épiderme de Kim Jong-nam par deux femmes dans l'aéroport de Kuala Lumpur.

Le mode opératoire laisse perplexe, les deux meurtrières ont été rapidement retrouvées. Une identification rendue d'autant plus facile tant il est assez peu commun de voir deux personnes se jeter sur une troisième pour lui frotter énergiquement le visage avec un mouchoir sans raison apparente et sous les vives protestations de cette dernière.

Cet amateurisme, malgré tout efficace, n'a pas échappé aux autorités malaisiennes qui se sont empressées d'élargir le champ de leur recherche afin d'arrêter les potentiels commanditaires des deux pieds nickelés.

L'enquête a rapidement dévoilé la qualité particulière de la victime et les pistes ont rapidement convergé vers Pyongyang. Il s'ensuit de manière assez prévisible des échanges ubuesques et passionnés entre les autorités des deux pays, la Corée du Nord n'étant pas plus réputée pour sa bonne foi que la Malaisie pour sa clémence judiciaire.

Le résultat de cette crise entre les deux pays, c'est la rétention du personnel diplomatique et assimilé malaisien en Corée du Nord et la réponse identique en Malaisie.

Une situation extrêmement tendue qui profite au premier ministre malaisien, blanchi par la justice de son pays mais toujours embourbé dans une  affaire de détournement du fond d'investissement 1Mdb à hauteur de 750 millions de dollars. Un record personnel absolu dans la région malgré de très acceptables compétiteurs dont l'ex-présidente sud coréenne Park Geun-hye -  récemment destituée - et ses 70 millions de dollars sans oublier les 880 millions de dollars détournés collectivement cette fois-ci par des fonctionnaires chinois.

Bref, on connait la manœuvre : on appelle à l'unité nationale et on met tout le reste sous le paillasson. On a de bons experts chez nous aussi...

En revanche ce que l'on connait moins, c'est la raison de l'assassinat. A partir de là les thèses abondent, je ne citerai que les deux qui me paraissent les plus vraisemblables.

La premiére part du postulat que le demi-frère en exil cherchait à créer un contre-gouvernement avec l'appui de Séoul et de Washington à la manière de l'administration centrale tibétaine installée à  Dharamsala en Inde. La seconde y voit plutôt un moyen définitif de sceller la dynastie régnante à Pyongyang en éradiquant la descendance « non-officielle ». Après tout, Kim Jong-nam est né de la maîtresse du guide suprême Kim Jong-Il et on n'a jamais aimé les bâtards dans les palais...

Une hypothèse bien présente à l'esprit du fils du défunt qui s'est empressée de disparaître des écrans radars avec sa famille. On le comprend aisément tout en lui souhaitant bonne chance.

Vous trouvez ça compliqué ? Attendez de voir la Chine pointer le bout de son nez.

Xi Jinping commence à lâcher très progressivement son turbulent allié nord-coréen, en arrêtant d'acheter son charbon à prix d'or par exemple, mais n'entend pas laisser sa place de médiateur en titre. Un statut qui lui assure un surcroît d'influence sur la scène internationale avec les Américains mais avant tout avec ses voisins sud-coréens, japonais et malaisiens dorénavant.

Or si l'on creuse encore un peu, que trouve-t-on au centre des préoccupations entre la Chine et la Malaisie ? Du pétrole évidemment.

Les îles Spratleys sont parmi l'une des zones les plus convoitées de la planète en raison de leurs immenses réserves en hydrocarbures (gaz et pétrole) mais aussi pour leur zone économique exclusive (ZEE) dans laquelle il faut inclure, à côté de l'exploitation des ressources fossiles, les droits à la navigation et à la pêche.

Ce pactole intéresse pas moins de six pays que sont Taïwan, le Vietnam, les Philippines, le sultanat de Brunei sans oublier notre propos initial la République populaire de Chine et la Malaisie. De là à y voir une corrélation, il n'y a qu'un pas. Comme quoi un mort peut en cacher beaucoup d'autres...

 

Ce n'est certes pas très encourageant pour l'ordre régional mais on se rassure en se disant qu'ils ne vont tout de même pas s'écharper pour si peu, non ?

 

Jumpa lagi

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