De la longévité du parti populiste en Pologne

Publié le par RemLin

De la longévité du parti populiste en Pologne

 En ce début d’année, le vice-premier ministre polonais Morawiecki a une nouvelle fois réalisé une sortie comme il sait les faire, en arguant, devant des journalistes nationaux médusés, que son parti, le PIS (Loi et Justice) resterait au pouvoir pour les 12 prochaines années.

Pleine de malice, cette affirmation a été reçue avec – au mieux, de l’incompréhension - au pire, du dégoût, par les observateurs européens : comment ce parti d’extrême-droite, autoritaire, et anti-européiste pourrait-il espérer occuper le pouvoir aussi longtemps ? C’est à cette question que nous avons ici tenté de répondre. Et mal nous en a pris ! Loin d’être une simple boutade, la déclaration de Morawiecki semblerait être tout à fait robuste.

 

Plusieurs raisons peuvent nourrir notre étude :

  • Des conditions favorables à l’arrivée au pouvoir

  • Des mesures fortes prises dès le début du mandat

  • Des bons résultats économiques et une absence d’opposition crédible

Regardons maintenant en détail.

 

Genèse du parti « Droit et Justice » et conditions de la prise de pouvoir en octobre 2015

 

Le parti « Droit et Justice » (Prawo i Sprawiedliwość) est un parti conservateur fondé en 2001 par les frères Kaczyński (Jarosław et Lech).En octobre 2015, c’est déjà la seconde fois que le parti arrive à prendre le pouvoir.

En 2007, le parti a effectivement réussi à s’emparer des deux têtes de l’exécutif (Président de la République, et Premier Ministre) et Lech Kaczyński est alors devenu Président de la République de Pologne, et il l’est resté jusqu’à sa mort lors d’un accident d’avion.

 

Un parti « sauveur » pour les plus démunis

 

C’est donc un parti habitué au pouvoir qui retourne aux affaires en cette fin d’année 2015. Or, cette fois-ci le parti jouit d’une majorité absolue à la Diète (comprenez l’équivalent de l’Assemblée Nationale). C’est donc un plébiscite pour ce parti vu comme expérimenté car « de gouvernement », et même d’avantage : un appel au secours.

Le peuple polonais recherche alors un sauveur face au désastre socio-économique.

La situation en Pologne est effectivement mauvaise pour les Polonais car, si le pays enregistre de bons résultats macroéconomiques (PIB) et peut s’enorgueillir d’être le seul État européen à ne pas avoir subi la crise de 2008, la situation dans l’économie réelle est toute autre.

La coalition au pouvoir (PO) a en effet réalisé le « miracle polonais » par l’ouverture du pays aux capitaux étrangers, et accéléré la « modernisation » de son économie : le pays est devenu roi de la transformation de produits manufacturés pour la consommation des États de l’ouest de l’Europe. Conséquence, des millions de polonais qui travaillaient dans des usines métallurgiques se sont rapidement retrouvés au chômage, et contraints d’accepter des emplois précaires payés entre 300 et 400 euros par mois. Plus grave encore, « ce qui recrute » ne permet pas d’absorber la nouvelle main d’œuvre de jeunes souvent très qualifiés, qui préfèrent s’expatrier.

En somme, le PO n’a pas réussit à créer un environnement propice à l’emploi, et les indicateurs macroéconomiques ne suffisent plus pour cacher la précarisation de la société polonaise.

En conséquence, le PIS a pu dérouler son discours de patriotisme économique et d’aide aux plus pauvres face à l’invasion des capitaux étrangers qui détiennent alors près de 40% de la richesse du pays. 

De la longévité du parti populiste en Pologne

 « Droit et Justice », ou la moralisation de la vie politique

 

D’autre part, le PIS a surfé sur la vague de contestation populaire dénonçant la corruption des élites du PO et leur éloignement de la vie quotidienne. En effet, la coalition d’alors a connu scandale sur scandale, le dernier se déroulant deux jours avant les législatives d’octobre 2015.

Dans ce contexte, le PIS s’est présenté comme moralisateur de la vie politique polonaise, et ce message a trouvé un réel écho dans la société.

 

Le bouclier contre les puissances étrangères

 

Dans la même ligne, le parti conservateur a su surfer sur la peur « culturelle » des Polonais des envahisseurs (Russes et Allemands).

Le PIS sait effectivement très bien comment utiliser la culture historique polonaise à son avantage. Depuis le XIXe siècle, la Pologne a connu une très courte période d’indépendance entre 1918 et 1939. Elle fut tour à tour occupée par la Russie tsariste, puis l’Allemagne, avant d’être intégrée dans le camp communiste. Ainsi donc, dans un moment de rejet des normes de l’Union Européenne, et face à un accroissement des tensions à l’Est, le PIS apparaît comme un bouclier prêt à défendre son pays. Quant au glaive, le parti annonce d’emblée la couleur : ce sera l’OTAN, encore l’OTAN, et toujours l’OTAN, n’en déplaise aux puissances européennes.

 

Arrivée au pouvoir, cloisonnement des institutions, et programmes sociaux clientélistes

 

Depuis son arrivée aux affaires, le parti s’est empressé de mettre au pas les contre-pouvoirs : réforme de la Cour Constitutionnelle et nomination de juges proches, marginalisation des médias critiques.

Deuxièmement, le parti a mis en place plusieurs programmes sociaux au profit des plus précarisés et des catholiques (aides financières pour élever les enfants, entre autre) qui forment le cœur de l’électorat du PIS.

Enfin, le parti a mis en place une politique féroce à l’égard des investissements étrangers qui s’est traduite par exemple par la « taxe sur les supermarchés » afin de « promouvoir les petits commerçants » et par une attention plus grande sur la captation « d’offset » (exemple du contrat Caracal entre autre). Une fois encore, cette politique a été bien reçue par les classes populaires, qui ont par la même reçu des promesses d’emploi et l’assurance que leur territoire serait mieux pris en compte.

 

Pourquoi le parti peut espérer s’inscrire dans la durée ?

 

Des résultats économiques tangibles

 

Tout d’abord, le nouveau gouvernement peut s’enorgueillir de chiffres économiques très satisfaisants, comme le montrent les statistiques officielles (et considérées comme crédibles par les experts) où la croissance du PIB a progressé de 2.7 points sur le dernier trimestre de 2016. De surcroît, le taux de chômage semble suivre cette évolution macroéconomique et le pays a enregistré une baisse de 1.6 points entre janvier 2016 et janvier 2017.

 

Une opposition laminée

 

D’autre part, le PIS peut compter sur une opposition divisée et décrédibilisée. Trois mouvements résistent depuis le début de la mandature du PIS : deux partis officiels (PO et Nowoczesna) et un mouvement citoyen (Comité de défense de la démocratie (KOD)).

Ces trois mouvements se sont mêmes unis pour organiser des actions pour s’opposer au gouvernement polonais, dont la dernière a été l’occupation du parlement pendant le mois de décembre.

Or, il y un couac (ou plusieurs) : premièrement, le dirigeant de Nowoczesna a été vu en vacances alors que les membres de son parti et des manifestants étaient entrain de bloquer les accès au parlement (par -20°, c’est la Pologne en hiver quand même) ; il a par la suite avoué que c’était plutôt « embarrassant ».

Tout aussi « embarrassant » pour l’opposition, le chef du KOD, véritable icône, pour son combat contre le PIS, est pris dans une affaire de conflit d’intérêt. Par conséquent, une guerre des chefs pour la prise de pouvoir du KOD est sur le point de se produire ce mois de Mars ; et il y a fort à parier que cela va laisser les coudées franches au PIS.

Enfin, le parti PO dont les membres sont peu appréciés par la majorité des polonais, ne semble plus peser d’un grand poids. Et cela d’autant plus que son leader historique, Donald Tusk, est actuellement président du Conseil Européen, et cristallise la défiance des polonais. Cette défiance n’étant pas prête de s’éteindre dans la mesure où il a fait savoir sa volonté de candidater à un nouveau mandat.

 

Un contexte international favorable

 

Par ailleurs, un dernier facteur est favorable au parti : l’attitude des acteurs étrangers envers le nouveau gouvernement.

En effet, dans un pays profondément eurosceptique, les remontrances de l’Union Européenne à l’égard du gouvernement ne sont pas bien accueillies, d’autant que l’institution a lancé une procédure pour juger le gouvernement polonais.

Autant dire que la popularité de l’UE ne s’est pas accrue, et cela s’est même traduit par un plus grand soutien auprès du PIS, vu comme le protecteur des polonais.

Cette image de protecteur s’est également renforcée grâce à l’OTAN. Au fil de plusieurs signatures de contrats d’armement, l’Organisation et les États-Unis se sont souvent faits les chantres du gouvernement polonais, comme premier rempart contre la menace russe.

 

En conclusion

 

Une implantation territoriale forte, un bilan économique favorable, une opposition discréditée et divisée, et une image de protecteur de l’État : le jugement qu’on porte sur ce gouvernement regarde chacun d’entre nous, cependant il est indéniable que ce gouvernement a pour le moment toutes les cartes en main pour rester au pouvoir, pour « les douze années à venir». 

Publié dans D'ici et d'ailleurs

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