Alep, Mossoul : deux villes martyres, deux traitements médiatiques

Publié le par Mehdi Ezzahi

Nous avons tous en souvenir l'intense battage médiatique orchestré fin 2016 en faveur des « rebelles modérés1 » d'Alep-est. L'armée syrienne et l'aviation russe qui l'épaulait avaient alors été accusées par les grands médias français de « raser » sciemment la deuxième ville syrienne et d'en sacrifier la population. Certains étaient allés jusqu'à évoquer une nouvelle Guernica2 ! Peu importe que l'armée syrienne ait averti régulièrement les habitants des bombardements, peu importe qu'elle ait aménagé de nombreux couloirs humanitaires - couloirs humanitaires bloqués à plusieurs reprises par les « rebelles » qui se sont servis de la population en guise de bouclier humain – la cause était entendue contre le « boucher de Damas »...

Jusqu'à récemment, Mossoul - assiégée depuis octobre 2016 - n'avait pas eu le droit aux mêmes honneurs médiatiques qu'Alep. Les destructions et morts de civils y sont pourtant hélas tout aussi élevés. Même contexte urbain et logiquement mêmes difficultés rencontrées par la coalition anti Daesh, constituée essentiellement par les forces irakiennes et chapeautée par l'armée américaine. Après cinq mois de siège et la pénible libération de Mossoul-est, la coalition veut reprendre l'ouest de la ville au plus vite et notamment son centre historique3, - un dédale de petites rues densément peuplé, guère propice à l'avancée des blindés – ce qui implique une intensification du pilonnage d'artillerie et des bombardements aériens US. Plus de 600 000 personnes se trouveraient encore à Mossoul-ouest. Tout comme les « rebelles » à Alep, les miliciens de Daesh abattent les habitants qui tentent de fuir et s'abritent dans leurs logements.

Plus de 300 civils ont ainsi été tués et des centaines d'autres blessés depuis mi-février. Le 17 mars, le bombardement d'un immeuble résidentiel aurait causé à lui seul la moitié des victimes. En réaction, deux enquêtes irakiennes et américaines ont été lancées. Selon Donatella Rovera, conseillère d'Amnesty International en mission en Irak : « Les preuves recueillies sur le terrain à l'est de Mossoul font état du schéma alarmant des frappes aériennes de la coalition menée par les États-Unis qui ont détruit des maisons entières abritant des familles. Le grand nombre de civils tués laisse penser que les forces de la coalition n'ont pas pris les précautions adéquates pour éviter leur mort, en violation flagrante du droit international humanitaire, ce qui pourrait constituer une crime de guerre. ». En attendant les conclusions de ces enquêtes, verra-t-on Madame Hidalgo éteindre la tour Eiffel4 pour Mossoul ? Rien n'est moins sûr...

 

1« Rebelles modérés » dont on a pu apprécier à maintes reprises l'affiliation de leurs composantes à Al-Qaïda (Jabhat Fatah al Sham, Jaysh al Fatah, Ahrar al Sham, Nour ad-Din al Zinki et bien sûr la fameuse Armée Syrienne Libre).

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