Akihito au pays des Viêt

Publié le par Victor Yague

C'est une première dans l'Histoire des relations internationales entre le Vietnam et le Japon.

L'empereur et son épouse ont répondu à l'invitation du président Trân Dai Quang de se rendre sur place dans une démarche aussi symbolique qu'éminemment pragmatique. Dans la grande tradition japonaise, autant lier l'utile à l'utile.

En effet, il faut associer cette démarche à la récente visite du premier ministre japonais Shinzo Abe en début d'année qui s'est soldée par un renforcement des liens stratégiques entre les deux nations, et plus spécialement sur la question de défense des eaux territoriales âprement  disputées à la Chine. Il faut dire qu'avec la nouvelle présidence US, il est encore difficile de savoir quel traitement sera réservé à ce que l'on a coutume d'appeler le pivot pacifique.

Sentant le vent tourner et en vertu du principe de précaution, la plupart des États concernés par ces problématiques maritimes ont commencé à s'organiser entre eux. Le rapprochement du Vietnam et du Japon est symptomatique de cette tendance. Tissant d'abord des liens économiques, les deux pays ont peu à peu abordé des questions plus sensibles ayant trait à leur Histoire commune et aux enjeux de mémoire.

Sans faire complètement fi du souvenir douloureux de l'occupation japonaise la relation bilatérale initiée dès 1973, renforcée depuis 2002 avec le partenariat de confiance et de stabilité, a su arrondir les angles pour se concentrer sur les effets positifs de la coopération économique. Le Japon est, avec la Corée, le principal investisseur et bailleur de fonds du Vietnam. Mais derrière les mots, les actions concrètes : Shinzo Abe a offert pas moins d'un milliard de dollars pour améliorer la défense maritime vietnamienne.

De la part d'une nation officiellement privée d'armée, c'est presque un comble. Bon dans les faits, la force d'autodéfense japonaise n'a rien à envier aux grands de ce monde et en l'occurrence ses forces maritimes sont redoutables. Toujours est-il que l'union fait la force surtout à un moment où la plupart des acteurs locaux choisissent leur camp entre la tutelle chinoise (Malaisie, Philippines)  et les alliances régionales en attendant de voir ce que va faire l'Oncle Sam.

Bon revenons à notre empereur. Ce dernier fait partie intégrante de cette vaste opération d'apaisement de la mémoire, encore vive, de l'occupation japonaise. A ce titre, le couple impérial va rencontrer les descendants et les compagnes des soldats japonais rentrés sur l'archipel avec l'interdiction formelle de rapatrier leur famille vietnamienne. Inutile de dire que le statut de ces métis n'a jamais été enviable, encore aujourd'hui. Quand on connait la difficulté du Japon à assumer son passé militariste, il s'agit là d'un grand pas en avant. Et c'est ainsi que le geste est perçu dans la zone. Nécessité fait loi.

Je ne résiste pas à l'envie de faire un parallèle avec notre propre histoire coloniale car nous entretenons également de bonnes relations avec le Vietnam malgré la tutelle française en Indochine et la guerre qui s'ensuivit. Pour nous qui sommes habitués à l'auto-flagellation et à la repentance qui n'adoucissent pourtant pas l'amertume des parties concernées - bien au contraire même - c'est assez déconcertant de voir un pays ravagé par de très longues années de guerre et des morts innombrables décider que le passé c'est le passé et voir dans l'ennemi d'hier le partenaire de demain.

Une attitude qui semble, sinon plus sage, indubitablement plus constructive.

Étude complète des enjeux en Mer de Chine du Sud Vietnam publié en septembre 2011 par l'Asia Centre (par Benoît de Tréglodé). Un document à contextualiser, notamment depuis la nouvelle présidence étasunienne, mais dont bien des points restent d'actualité au regard de la crispation des différents États de la zone sur la question des eaux territoriales, des droits de navigation et de pêche.

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