Palmyre : La « coalition arabo-occidentale anti-EI » aux abonnés absents ?

Publié le par Martin Ryan

Palmyre : La « coalition arabo-occidentale anti-EI » aux abonnés absents ?

Alors que toutes les chancelleries occidentales ont actuellement les yeux rivés sur Alep-Est – dont la libération est imminente à l'heure où nous écrivons ces lignes – les combattants de Daech viennent de reprendre dimanche dernier la totalité de Palmyre1, cette ancienne cité antique, dont le site historique est classé patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1980 et « mis en péril » dans le contexte de la guerre civile syrienne.

 

Les « fous d'Allah » avaient déjà occupé la ville une première fois en mai 2015, pour s'adonner au saccage et au pillage en règle de ses sites archéologiques et de son musée. Mais l'armée gouvernementale syrienne, épaulée par l'aviation russe et autres milices chiites au sol, était heureusement parvenue à libérer héroïquement la ville à la fin du mois de mars 2016, ce qui était alors apparu comme une victoire hautement symbolique, tant sur le plan militaire que médiatique2. Les observateurs les plus avertis ont d'ailleurs tous en mémoire le concert intitulé « Prière pour Palmyre, la musique redonne vie aux murs antiques », donné en mai 2016 par l’orchestre russe du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersboug, pour célébrer la libération de la cité antique et retransmis en direct, à la télévision syrienne et à la télévision russe3.

 

Mais en cette fin d'année 2016, alors que la guerre civile syrienne est en train de prendre un tournant radical avec la chute imminente d'Alep-Est, les djihadistes de l'EI sont de retour dans l'ancienne cité caravanière. Curieusement, le mode opératoire n'est pas sans rappeler celui utilisé lors des prises de Raqqa ou de Mossoul il y a quelques années déjà : Des combattants lourdement armés et motorisés, extrêmement mobiles, déferlent par milliers (entre 4000 et 5000 combattants selon certaines sources) sur plusieurs dizaines de kilomètres d'un territoire quasi désertique.

 

Bien sûr, ces derniers ont logiquement pu profiter de ce qui ressemblait fort à un redéploiement stratégique des forces gouvernementales vers la région d'Alep. Mais une question sérieuse – que nos médias mainstream se sont bien gardés de poser – demeure : Comment expliquer que des colonnes de djihadistes aient pu (comme à l'accoutumée) échapper aux radars et aux raids d'une « coalition internationale » de vingt-deux pays, en place depuis août 2014 et « officiellement » en opération aux abords de Raqqa et de Deir ez-Zor, fiefs de l'EI pour la seule Syrie ?

 

Et après avoir laissé Assad et les russes faire « le sale boulot » au sol à Palmyre en mars dernier, on aurait pu s'attendre à ce que cette même « coalition », en profite pour y prendre le « relais » à moindres frais, au nom de la « lutte contre le terrorisme » et de la « défense du patrimoine mondial de l'UNESCO » qui nous sont si chères.

 

Que nenni ! L'inefficacité sinon la complicité de ce « pseudo corps expéditionnaire arabo-occidental » est ici flagrante. En effet, point besoin d'avoir lu Sun Tzu ou Liddell Hart pour se rendre compte que tout cela n'aurait pas été possible militairement, sans la mise à disposition d'un corridor sécurisé entre Raqqa et la région de Palmyre et de certains renseignements et données satellitaires stratégiques4.

 

Espérons que l'investiture prochaine de Trump et la mise en place d'une nouvelle administration américaine aideront à changer radicalement la donne sur le terrain...

 

1http://www.leparisien.fr/international/syrie-la-ville-de-palmyre-entierement-reprise-par-daech-11-12-2016-6442056.php

2http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/03/28/avec-la-reprise-de-palmyre-le-regime-assad-s-offre-une-victoire-militaire-et-mediatique_4890927_3218.html

3https://www.youtube.com/watch?v=uvUkeR4jKCE

4https://fr.sputniknews.com/international/201612121029139986-daech-palmyre-pourquoi/

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