L'Azerbaïdjan : Un partenaire stratégique de premier plan pour une France souveraine ?

Publié le par Martin Ryan

L'Azerbaïdjan : Un partenaire stratégique de premier plan pour une France souveraine ?

Cet article doit s'inscrire dans la perspective d'une France qui aurait retrouvé sa souveraineté nationale et son indépendance stratégique au sens gaullien du terme, c'est-à-dire en mesure de choisir et de hiérarchiser elle-même et elle-seule ses partenariats.

 

Le concept de « souveraineté » a déjà été appréhendé par l'un de mes collaborateurs de la Centrale à idées dans un article intitulé : « De la souveraineté par procuration »1. Pour aller plus loin, et bien comprendre ce que recouvre cette notion, je renvoie aux écrits de l'économiste Jacques Sapir2, ou du Colonel Régis Chamagne3, qui ont pratiquement – mieux que quiconque – tout dit à ce sujet.

 

Mais une chose est certaine : pour redevenir pleinement souverain et totalement indépendant sur le plan stratégique, notre pays n'aura pas d'autre choix que de sortir de l'Union européenne, pour s'affranchir de ses traités, et de prendre ses distances avec l'OTAN. Il en va, entre autres, de l'initiative de nos lois et de notre budget, du choix de nos grandes orientations économiques et de notre compétitivité, du bon usage de notre outil de défense, mais aussi, de notre politique étrangère et de notre diplomatie.

 

Hélas, lorsque le « chantage à la guerre européenne » n'est pas directement utilisé, trois arguments sont systématiquement avancés pour dissuader tout décideur qui voudrait opérer ce changement stratégique majeur :

 

  • En cas de sortie de l'Union européenne, la France se retrouverait seule, isolée, ou, pour reprendre une expression à la mode : « repliée sur elle-même » ;

  • « L'indépendance » est par essence un « égoïsme » : Cela veut dire « tourner le dos » à ses anciens partenaires européens sinon les abandonner purement et simplement à leur triste sort ;

  • Pour pallier cet isolement délétère, la France n'aurait pas d'autre choix que celui d'une alliance « européenne », continentale, avec comme seuls partenaires extra-européens de premier ordre, les États-Unis et les pétro-monarchies du Golfe.

Notons que le troisième point divise le « camp souverainiste », certains ne pouvant concevoir la France autrement que – à l'instar de l'Allemagne – comme une puissance continentale (Axe Paris-Berlin-Moscou). Or :

 

  • La France est aussi, sinon avant tout, une puissance maritime (deuxième espace maritime du monde) tournée vers le « grand large », au-delà du continent. N'existe-t-il pas justement une « France d'Outre-mer » ?

  • Pour sortir de « l'isolement » qu'impliquerait un retrait de l'Union européenne et de l'OTAN, des alliances et des partenariats stratégiques sont envisageables au-delà de la seule Europe : Le monde francophone4 (anciennes colonies du Maghreb et d'Afrique noire, Québec) dont nous sous-estimons encore le potentiel ; la Russie, avec laquelle il est urgent que nous retrouvions des relations bilatérales (sans relais allemand) équilibrées sinon renforcées, ce qui suppose naturellement la fin du régime de sanctions imposés à la France par Bruxelles ; l'Océanie, Australie en tête, avec laquelle nous collaborons étroitement dans le domaine militaire (vente de sous-marins de classe Scorpène), enfin, l'Amérique latine ou d'autres partenaires insoupçonnés, au premier rang desquels l'Azerbaïdjan, dont il est question dans cet article ;

  • L'indépendance (stratégique), c'est la liberté de hiérarchiser ses partenariats selon ses intérêts, ce qui n'est évidemment pas un frein à la diplomatie (« parler à tout le monde ») et au commerce. Les pays d'Europe du Sud (Italie, Espagne, Portugal) continueraient naturellement à avoir des relations privilégiées avec notre pays et un dialogue constructif et des échanges avec l'Allemagne seraient évidemment maintenus.

 

 

La République d'Azerbaïdjan, quelques repères et rappels :

 

L'Azerbaïdjan est un pays très peu connu du grand public. Il est (trop) souvent assimilé aux fameux pays en « stan » d'Asie Centrale5 (Kazakhstan, Turkménistan et autre Ouzbékistan) culturellement proches pour la plupart certes, mais appartenant à un tout autre espace géographique. Le pays ne se fait généralement, hélas, connaître que de deux manières chez nous : à travers un certain soft power sur le modèle du Qatar (rachat du Racing Club de Lens, sponsoring sportif de la compagnie pétrolière d’État, SOCAR, organisation des premiers Jeux européens en juin 2015, etc.), ce qui lui a logiquement valu, en bon état pétrolier, le surnom « d'Emirat de la Caspienne » (par extension sa capitale Bakou est surnommée la « Dubaï de la Caspienne ») ; mais aussi, à travers un « Azerbaïdjan bashing », perpétré par la diaspora arménienne de notre pays, sur lequel nous reviendrons.

 

Pourtant, cette nation ne peut se résumer qu'à cela. Comme nous allons le voir, il s'agit d'un pays qui revêt d'une importance géostratégique majeure dans un affrontement entre grandes puissances concurrentes, et les liens entre nos deux pays sont beaucoup plus profonds et étroits que l'on puisse l'imaginer.

 

 

Ancienne république d'Union soviétique ayant accédé à l'indépendance en 1991 suite à l'éclatement de l'URSS, l'Azerbaïdjan, aujourd'hui peuplé de 9,4 millions d'habitants (95% d'Azéris, peuple d'origine turque), se situe sur la ligne de division communément admise entre l'Europe et l'Asie, dans la région du Caucase-Sud. Environ sept fois plus petit que la France, avec cinq frontières terrestres (Russie, Géorgie, Arménie, Turquie et Iran) et une façade maritime de plus de 700 kms (Mer Caspienne) ouvrant sur l'Asie Centrale, cet ancien point de passage de la Route de la Soie est un véritable « pont entre les continents » et un vecteur de rapprochement entre différentes cultures. En effet de par sa position géographique, l'Azerbaïdjan ouvre sur le monde turc et son aire ethno-linguistique (membre du Conseil turcique depuis 2009), Turquie en tête, un « pays frère » avec lequel les relations bilatérales sont excellentes ; le monde Russe, en tant qu'ancienne république soviétique (le russe reste une langue très pratiquée dans le pays, des diasporas russe et azérie sont respectivement présentes en Azerbaïdjan et en Russie) ; et enfin le monde iranien, avec lequel l'Azerbaïdjan partage aujourd'hui un islam chiite majoritaire (par ailleurs, 15 à 20 millions d'azéris peuplent le nord-ouest de l'Iran, dans une région appelée « Azerbaïdjan du Sud » ou « Azerbaïdjan iranien »), tout en étant bien connecté au continent européen (membre du Conseil de l'Europe depuis 2001 et du Partenariat oriental).

 

 

Grand producteur d'hydrocarbures (production de plus de 30 millions de m3 de gaz et d'un million de barils de pétrole par jour pour l'année 2013) aux réserves importantes, l’Azerbaïdjan est le pays le plus riche du Caucase-Sud, ce qui attire évidemment depuis longtemps toutes les convoitises. Les États-Unis, notamment, se sont intéressés à cette région dès l'effondrement de l'URSS, dans leur projet géopolitique de maîtrise du continent eurasiatique. En effet, dans son célèbre ouvrage Le Grand échiquier6, Zbigniew Brzezinski, l'un des plus grand géostratège américain, a défini l'Azerbaïdjan comme un « pivot géopolitique », dont la position géographique lui donne « un rôle clé pour accéder à certaines régions ou lui permet de couper un acteur de premier plan des ressources qui lui sont nécessaires ». Ainsi, le pays deviendra, dès le milieu des années 90, la pièce maîtresse d'un dispositif visant à maîtriser l'évacuation du pétrole du Bassin de la Mer Caspienne, aux dépens de la Russie et de l'Iran, ce qui aboutira à la mise en service du célèbre oléoduc « BTC » (Bakou-Tbilisi-Ceyhan) en 2006, dont une portion de plus de 400 kms traverse le territoire azéri. La mise en place de ce projet et l'augmentation du prix des matières premières, sont à l'origine du formidable « boom pétrolier » que l'Azerbaïdjan a connu à partir des années 2006-2007 avec des taux de croissance parmi les plus élevés du monde (35% en 2006 et 25% en 2007). Nous assistons alors à un recul de la pauvreté, à une augmentation significative du niveau de vie et à l'émergence d'une classe moyenne urbaine. Aujourd'hui, malgré deux importantes dévaluations de la monnaie nationale au début de l'année 2016 (le Manat a perdu pratiquement 50% de sa valeur par rapport au dollar en deux mois, suite à la mise en place d'un taux de change flottant), dans un contexte de baisse des cours du pétrole et d'un ralentissement de l'économie russe, les prévisions et les indicateurs économiques restent bons. En effet, l'existence depuis 1999 d'un important fond pétrolier d’État (State Oil Fund of the Republic of Azerbaijan, SOFAZ) et d'un plan de diversification de l'économie avec le développement d'un secteur « non-énergétique » à forte valeur ajoutée, permettent de palier à ces difficultés.

 

 

Une seule zone d'ombre : les tensions avec l'Arménie voisine au sujet de la région du Haut-Karabagh, une région autonome, principalement peuplée d'Arméniens qui a annoncé de façon unilatérale son intention de se séparer de l'Azerbaïdjan en 1988, avec le soutien d'Erevan. Un conflit armé s'est ouvert dès cette année-là jusqu'à un cessez-le-feu signé en mai 1994, que les belligérants se sont mutuellement accusés d'avoir violé à plusieurs reprises. Les Nations unies considèrent que l'Arménie occupe illégalement la région ainsi que plusieurs districts environnants (soit près de 20% du territoire azerbaïdjanais d'avant-guerre), au regard du Droit international. L'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) a mis en place dès 1992 le Groupe de Minsk, une organisation européenne, co-présidée par la Russie, les États-Unis et la France, chargée d'encourager la recherche d'une résolution pacifique et négociée entre les deux pays. Toutefois, alors que le conflit semblait « gelé », des combats de hautes intensités ont repris en avril dernier avant qu'une médiation russo-iranienne aboutisse à un nouveau cessez-le-feu. Hélas, le Haut-Karabagh n'en demeure pas moins une véritable « poudrière » qui menace la stabilité de la région.

 

 

 

 

Les relations entre la France et l'Azerbaïdjan : une histoire ancienne et des bases solides

 

« Les Azerbaïdjanais témoignent d'une affection particulière à l'égard de la France qui est admirée pour sa culture, sa littérature et sa contribution générale dans le monde entier » (Elchin Amirbayov, actuel ambassadeur d'Azerbaïdjan en France).

 

 

Avant de nous intéresser à la période post-soviétique – lorsque les relations entre la France et l'Azerbaïdjan ont commencé à se développer significativement – il est bon de rappeler deux faits historiques marquants et hautement symboliques pour le rapprochement entre nos deux pays :

 

  • Lors de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs Azerbaïdjanais soviétiques ont été des héros de la Résistance, ayant principalement combattu dans le Maquis de Cabertat (aux environs de Montauban), au premier rang desquels un certain Ahmadiyya Jabrayilov (dit « Ahmed Michel ») encore très connu en Azerbaïdjan, mais hélas pratiquement oublié chez nous ;

  • Lorsque le général De Gaulle se rend à Moscou à la fin du mois de novembre 1944 pour s'entretenir avec Staline, ce dernier et sa délégation font escale à Bakou pour une nuit. Une plaque en souvenir de la (brève) venue du général a été installée par le gouvernement azéri à la fin des années 90, sur la façade d'un bâtiment de l'une des principale avenue de la capitale, ce qui témoigne de l'affection qui nous est portée en Azerbaïdjan.

 

 

 

 

Après la chute de l'Union soviétique en 1991, notre pays est le deuxième (après la Turquie) à reconnaître l'indépendance de l'Azerbaïdjan. L'ambassade de France ouvre dans la capitale azerbaïdjanaise, Bakou, le 19 mars 1992 et Jean Perrin, notre premier ambassadeur dans le pays, devient alors le deuxième diplomate étranger à s'occuper d'une ambassade en Azerbaïdjan. Le premier président de la toute jeune République azerbaïdjanaise indépendante, Heydar Aliyev, élu en octobre 1993, dont l'ambition est alors d'ouvrir son pays à la communauté internationale, choisit logiquement notre pays comme destination pour son premier voyage officiel à l'étranger, en décembre de la même année. Une rencontre avec François Mitterrand marque alors le début d'un rapprochement bilatéral, avec la signature conjointe du Traité d'amitié, d'entente et de coopération entre la France et l'Azerbaïdjan du 20 décembre 1993, ainsi que l'ouverture de l'Ambassade d'Azerbaïdjan à Paris fin 1994. Jusqu'à aujourd'hui, de nombreuses visites officielles ont été effectuées par nos chefs d’États et ministres respectifs.

 

 

 

Sur le plan économique, l'Azerbaïdjan est le pays du Caucase qui développe les plus fortes relations avec la France (devant l'Arménie et la Géorgie voisines). D'importantes collaborations ont notamment démarré dès les années 2005-2006 avec le début du « boom pétrolier » dans le secteur énergétique. Le groupe Total détient notamment 5% de l'Oléoduc BTC et a signé en février 2009 un PSA (Production Sharing Agreements) avec la compagnie nationale azerbaïdjanaise SOCAR pour le bloc d'Abşeron (gaz), dont 40% lui appartiennent. GDF Suez investira lui aussi à hauteur de 20% dans ce consortium. En 2011, des pics d'importations françaises sont atteints suite à la perte des approvisionnements libyens en hydrocarbures, notre pays aura alors été, pour une courte période, le second partenaire commercial de l'Azerbaïdjan dans le monde.

 

D'autres importantes collaborations dans le secteur « non-énergétique » sont à évoquer. Notamment un contrat de 346 millions d'euros signé par la CNIM (Constructions industrielles de la Méditerranée) en 2008 pour la construction d'un incinérateur d'ordures à Bakou, qui demeure à ce jour, le plus gros contrat jamais obtenu par une entreprise française en Azerbaïdjan ; le lancement du premier satellite de télécommunications azerbaïdjanais en 2010, fruit d'une collaboration entre des entreprises azerbaïdjanaise et Arianespace ; ou encore la signature d'un mémorandum d'entente en 2013, pour le développement des échanges commerciaux agricoles et agro-alimentaires.

 

Selon le ministère des Affaires étrangères et du développement international, une vingtaine d'entreprises françaises sont implantées à ce jour en Azerbaïdjan et plus de 800 y ont exportés leurs produits en 2015. Notre pays serait alors officiellement le 16ème fournisseur de l'Azerbaïdjan et son 6ème client.

 

En terme d'échanges culturels, la coopération entre nos deux pays est de grande qualité. La coopération universitaire, qui se renforce d'années en années, est en effet un axe important de rapprochement. De nombreuses universités azerbaïdjanaises enseignent notre langue, et six d'entre-elles proposent des diplômes de Français Langue Étrangère. Soulignons l'existence de l'Institut Français d'Azerbaïdjan7, un centre culturel relié au réseau mondial des Instituts Français, créé à Bakou en 2004 ; du Lycée français de Bakou, créé en 2013 ; et enfin de l'Université française de Bakou8 (UFAZ), qui vient d'ouvrir en septembre dernier.

Notons que les étudiants azerbaïdjanais sont de plus en plus nombreux à venir étudier dans nos grandes villes universitaires. En effet, le phénomène s'est accéléré au fur et à mesure que les bourses allouées par l’État azerbaïdjanais pour les étudiants désireux d'étudier dans les pays anglo-saxons ont commencer à diminuer (doit-on y voir une mesure visant à prévenir la préparation de « révolutions colorées »?). Ainsi, les jeunes azéris désireux d'étudier en Occident, ont bien souvent choisi la France comme première alternative aux universités anglaises et américaines. Il en résulte chaque années le retour au pays de plusieurs dizaines de jeunes diplômés ayant été formés chez nous, y ayant conservé des attaches et parlant bien notre langue. Ces derniers occupent ensuite généralement des postes stratégiques et constituent la base d'une future élite azérie francophone et francophile. Nous disposons donc d'un formidable relais pour le renforcement de nos échanges, avec notamment un puissant vecteur pour la francophonie.

 

Enfin, il faut souligner les remarquables initiatives de la Fondation Heydar Aliyev, l'une des plus importantes organisations laïques non gouvernementales d'Azerbaïdjan, qui a financé la rénovation de vitraux de la cathédrale de Strasbourg (2009), une vingtaine d'église rurale de Basse-Normandie et deux sculptures du parc du Château de Versailles (2012). Peut-on imaginer cela de la part d'un autre pays musulman, à commencer par le Qatar ?

 

 

Intérêts communs, nouveaux défis et enjeux : de la nécessité d'un renforcement des relations bilatérales franco-azéries ? 

 

  • Sur le plan économique, l'Azerbaïdjan devrait progressivement se transformer. Nous sommes encore aujourd'hui en présence d'une économie dite de « transition » : une économie de marché se développe, mais l’État joue encore un rôle prépondérant dans les affaires (vestige de l'URSS). Ainsi, de gros efforts sont faits pour accélérer une certaine libéralisation afin d'atténuer le poids des monopoles et laisser une saine concurrence s'établir sur le marché. Comme nous l'avons déjà évoqué, le développement du secteur privé s'inscrit dans une stratégie de « diversification », pour sortir progressivement de la dépendance des hydrocarbures (qui représente encore 90% des exportations et 70% des revenus de l’État), dont les réserves ne sont d'ailleurs pas inépuisables. Tout l'enjeu de ces prochaines années sera donc le renforcement du secteur « non-énergétique », avec en particulier la mise en place d'un grand plan de développement d'infrastructures (transport et constructions). Et c'est précisément à ce niveau-là que notre pays peut jouer un rôle de premier plan en accompagnant l'Azerbaïdjan dans cette transition. En effet, les télécommunications, les nouvelles technologies, les transports, l'agro-alimentaire, ou encore l'environnement, sont des secteurs dans lesquels la France se positionne déjà efficacement sur le marché azéri, et nos savoir-faire en la matière ne sont plus à démontrer. Dans la perspective d'un affranchissement de l'Union européenne, l'Azerbaïdjan peut donc nous offrir des solutions immédiates pour retrouver notre compétitivité. Notons au passage, que si le pétrole azéri n'est certes pas éternel, il peut néanmoins – couplé à d'autres fournisseurs – constituer, à court terme, une alternative au pétrole saoudien, qui représente à ce jour la plus grosse part des importations françaises d'or noir (20%). Enfin, sur le plan des échanges commerciaux, il faudra songer à rééquilibrer notre balance commerciale (solde déficitaire en notre défaveur en 2015 avec -955 M EUR.) en facilitant l'exportation de nos produits ;

     

  • Sur le plan des relations internationales, l'Azerbaïdjan est un État indépendant et « non-aligné ». En effet, le pays a toujours refusé de prendre part à des alliances militaires ou géopolitiques afin de préserver son rôle de « pont » et jouer « l'équilibre ». Bien qu'il ait dès son indépendance donné l'impression de jouer la carte américaine et occidentale au grand dam de la Russie – notamment dans le contexte du projet BTC – il n'a pour autant jamais souhaité intégrer l'OTAN ou l'Union européenne, à l'instar du « grand frère » turc. Et bien que Bakou ait effectivement pris ses distances avec Moscou et que les relations soient parfois compliquées (soutien russe à l'Arménie, non-reconnaissance du rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie en 2014), un certain réalisme et un lien historique et culturel fort permettent le maintien d'une entente cordiale. Ainsi, l'Azerbaïdjan pourrait tout à fait partager la vision « multipolaire » qui serait celle d'une France redevenue souveraine et indépendante stratégiquement, au sens gaullien du terme. Comme évoqué plus haut, la république du Caucase pourrait constituer une plate-forme de dialogue avec l'ensemble des grands acteurs régionaux (Russie, Turquie et Iran) et une porte d'entrée alternative sur les marchés russes et iraniens, où nous avons hélas été sévèrement marginalisés ces dernières années ;

     

  • Sur le plan de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme islamique, l'Azerbaïdjan pourrait être un partenaire fiable et un exemple à suivre en la matière. Tout d'abord, il faut préciser que la République d'Azerbaïdjan – héritage soviétique oblige – est un État laïc au sens strict du terme : La religion et l’État sont strictement séparés, la laïcité est inscrite dans la constitution et la société azérie y est très attachée, ce que nous autres Français partageons. La tolérance religieuse est l'une des marques de fabrique du pays, où les minorités chrétiennes et juives peuvent vivre en toute sécurité et ont toutes leur place dans la société azérie. Mais avec la proximité de foyers djihadistes à sa frontière avec la Russie (Dagestan et Tchétchénie), l’État azéri a rapidement pris des mesures sécuritaires adaptées à la menace extérieure. Des opérations anti-djihadistes ont déjà été effectuées conjointement avec les services russes sur cette frontière Nord. Sur le plan de la sécurité intérieure, l'Azerbaïdjan a développé de vrais savoir-faire, notamment depuis la vague d'attentats arméniens perpétrés sur son sol dans les années 90 (métro de Bakou). Les services azéris collaborent par exemple étroitement depuis de nombreuses années avec les services israéliens – véritables experts dans ce domaine – desquels ils ont beaucoup appris. Soulignons qu'Israël est, avec la Turquie, le première partenaire de l'Azerbaïdjan en matière de défense et de sécurité, et que la république du Caucase est le seul pays musulman a entretenir un aussi haut niveau de coopération avec l’État hébreux.

     

 

Deux risques pourraient toutefois peser sur des relations bilatérales franco-azéries renforcées :

 

  • Tout en affichant une posture « non-alignée » et indépendante, l'Azerbaïdjan entretient avec la Turquie une relation que l'on pourrait qualifier de « fusionnelle », très bien illustrée par une devise employée dans les deux pays : « Deux États, une nation ». Turcs et Azéris ont en effet une langue et une culture similaire (la langue turque et la langue azérie sont mutuellement intelligibles), une histoire partagée et un ennemi commun, l'Arménie. Ainsi, il peut être légitime de craindre que l'Azerbaïdjan, en bon allié indéfectible, puisse être tenté de suivre la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, dans des projets aventureux de types « panturquistes ». De plus, lorsque l'on connaît la propension du président turc à mettre de l'huile sur le feu sur la question du Haut-Karabagh, comme cela a été le cas en avril dernier lors de la reprise des combats, on est en droit de s'interroger sur ce que représente une telle alliance pour la stabilité de la région. Toutefois, l'Azerbaïdjan chiite laïc devra rapidement prendre conscience des antagonismes qui pourraient se développer dans sa relation avec une Turquie sunnite en voie de « ré-islamisation ».

     

  • Le conflit du Haut-Karabagh, plusieurs fois évoqué, n'est toujours pas réglé et met en difficulté l'instauration de relations plus profondes entre notre pays et l'Azerbaïdjan. En effet, la diaspora arménienne (environs 500 000 personnes sont d'origines arméniennes en France) exerce depuis très longtemps des pressions sur notre classe politique, qui n'a souvent pas voulu risquer de dégrader ses relations avec l'Arménie, pour des raisons historiques certes, mais aussi hélas parfois pour des raisons électorales. L'Azerbaïdjan attend beaucoup de notre action au sein du Groupe de Minsk, évoqué plus haut, et craint de voir la diaspora arménienne en France influer sur la résolution du conflit. Par conséquent, une fois redevenu pleinement souverain, notre pays devra tout faire pour éviter d'être pris en otage par la question du Haut-Karabagh, qu'il s'agira de traiter avec la plus grande prudence et la plus grande impartialité (dans les limites du Droit international). Mais, ceci suppose d'abord de mettre au pas, toute communauté étrangère qui souhaiterait influencer notre politique étrangère, et constituer ainsi une entrave à nos intérêts nationaux. Une « double allégeance » ne peut avoir sa place dans une nation réellement souveraine.

 

Nous avons tenté de démontrer qu'une France souveraine et indépendante stratégiquement, avait tout à fait les moyens - à travers l'exemple de l'Azerbaïdjan -  de nouer de véritables partenariats stratégiques au-delà de l'Europe, dans la perspective, ô combien souhaitable, d'un affranchissement des traités européens et de l'OTAN, qui nous empêchent de proposer une vision pour le monde de demain, et d'être réellement nous-mêmes. 

 

 

 

1http://la-centrale-a-idees.over-blog.com/2016/05/de-la-souverainete-par-procuration.html

2Jacques Sapir, Le nouveau XXIe siècle : du siècle « américain » au retour des nations, Seuil, 2008

3Régis Chamagne, Relève-toi, Astree Éditions, 2016

4http://la-centrale-a-idees.over-blog.com/2016/09/la-francophonie-un-tresor-delaisse.html

5http://la-centrale-a-idees.over-blog.com/2016/10/le-courrier-des-steppes.html

6Zbigniew Brzezinski, Le Grand Échiquier : l'Amérique et le reste du monde, Bayard, 1997

7http://www.ambafrance-az.org/Presentation-de-l-Institut

8http://www.ambafrance-az.org/Presentation-de-l-Universite-Franco-Azerbaidjanaise-UFAZ

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