Colombie : une paix tumultueuse

Publié le par Mehdi Ezzahi

 

 

 

« Cet accord, renouvelé, ajusté, précisé et clarifié doit nous unir et non nous diviser ».
C'est par ces mots que le président colombien Juan Manuel Santos a voulu entériner le nouvel accord de paix signé samedi dernier avec les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC). Le gouvernement colombien espère ainsi conjurer l'échec qu'avait connu le premier accord, refusé par référendum le 2 octobre au terme d'une campagne de l'opposition de droite menée par l'ex-président Alvaro Uribe. Ce conflit armé vieux d'un demi-siècle a coûté la vie à 220 000 Colombiens et entrainé le déplacement de 6 millions de personnes.

 

Une centaine de changements ont été apportés au premier accord, prenant en compte de nombreuses objections et propositions soulevées par ses opposants. Les juges du Tribunal pour la paix seront tous Colombiens. 16 sièges transitoires créés au Parlement seront réservés à des membres d'association de victimes des FARC. Les ex-guérilleros devront donner leurs biens en réparation aux victimes du conflit et rester dans le périmètre de la commune où ils auront été démobilisés. Cette disposition vise à surveiller que les ex-FARC, qui se finançaient par quelques menues combines (trafics de drogue, séquestrations, vols de bétail, « impôt révolutionnaire »), ne se transforment en de puissants réseaux criminels comme leurs ennemis paramilitaires d'extrême-droite qui ont bien réinvesti l'argent de poche de la CIA...

 

Toutefois, l'abandon des poursuites pénales envers les chefs de la guérilla ayant reconnu leurs crimes et la possibilité laissée à ces derniers de se présenter aux élections font encore grincer bien des dents... De l'autre côté, les ex-FARC auront aussi leur anaconda à avaler en abandonnant la remise en cause de la propriété privée ; des fois que nos amis cocos auraient l'idée saugrenue – et pas sympa pour Chiquita Brands International (ex-United Fruit Company) – de collectiviser les parcelles de bananiers et de caféiers colombiens !

 

Ultime inconnue de l'équation colombienne : quid de la ratification de l'accord ? Le président Santos va-t-il jouer la sécurité avec un vote au Parlement ou soumettre à nouveau ce texte fondamental à l'approbation du peuple colombien ? Respuesta muy pronto...

 

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