Argentine : les pommes de la rigueur

Publié le par Mehdi Ezzahi

 

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Quand les politiques vous parlent avec les yeux qui brillent de Changement, de Change, de Cambio, mieux vaut se méfier de ces professions de (mauvaise) foi... Après tout comme disait l'autre, « les promesses n'engagent que ceux qui y croient ». Mais bien des peuples, tels autant d'amants cocus, cèdent à la tentation de revenir à leurs anciens amours, fussent-ils néolibéraux !

 

L'usure du kirchnérisme1 après deux mandats en dents de scie a conduit une majorité d'Argentins à se jeter dans les bras de Mauricio Macri, l'ancien maire de Buenos Aires et président du légendaire club Boca Juniors. Macri a été élu président de l'Argentine en novembre 2015.

 

 

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S'en est suivie une cure d'austérité qui aurait rendu delgadito un gaucho amateur de bonne chère (pléonasme) : les généreuses subventions à l'énergie ont brusquement pris fin, faisant exploser les factures de gaz et d'électricité des particuliers et des entreprises. Des vagues de licenciement ont touché les salariés du secteur public dont les effectifs pléthoriques et le poil dans la main avait été vilipendés maintes fois par Macri durant sa campagne. Pour relancer les exportations, le nouveau gouvernement a décidé de laisser « flotter »2 le peso argentino qui a pris le bouillon de sa vie face au dollar, aggravant ainsi la surinflation chronique que connaît le pays : la hausse des prix a atteint 45% sur 10 mois3. Surinflation telle qu'elle a annulé les gains de compétitivité à l'exportation que devaient en principe susciter la dévaluation... Inutile de préciser que la surinflation a aussi provoqué une baisse drastique de la consommation qui a elle-même entraîné de nombreux licenciements dans le secteur privé, de l'ordre de 160 000 pour le premier semestre 20164

 

Ce lessivage en règle n'a donc pas encore entraîné le redressement économique tant espéré. « Soyez patients » nous diront bien nos amis libéraux5 : en 10 mois, il serait trop tôt pour juger de l'efficacité de cette politique de rigueur, qui doit être vue comme un préalable à la restructuration de l'économie argentine, trop longtemps corsetée par la politique menée par Kirchner6. C'est juste une dernière poussée de fièvre et le malade se rétablira...

 

En attendant, la grogne des Argentins est là. Les grèves, manifestations et protestations diverses et variées se succèdent, y compris parmi des secteurs économiques qui étaient censés être les premiers soutiens - et bénéficiaires - de Macri. Ainsi, de nombreux exploitants agricoles travaillent désormais à perte suite à la libération soudaine et totale des exportations, auparavant fortement encadrées. C'est le cas notamment des producteurs de pommes et poires qui ont illustré leur désespoir le 24 août dernier en distribuant gratuitement 10 tonnes de leurs fruits sur la Plaza de Mayo de Buenos Aires, toute proche du siège du gouvernement. Sans surprise hélas, l'initiative a remporté un franc succès chez les Porteños. Il est vrai que tout commence toujours par la faim...

 

 

1Variante du péronisme qui désigne la politique menée par l'ancienne présidente Cristina Kirchner (2007-2015).

 

2 Laisser flotter une monnaie signifie ne plus encadrer son taux de change. Le taux de change du peso était maintenu à un niveau fictif sous la présidence Kirchner, notamment pour tenter de juguler l'inflation.

 

3À noter que sur l'année 2015, l'inflation était déjà de 30%.

 

 

 

 

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