Les Gracques chez les kazakhs

Publié le par le chaudronnier

Pour la seconde fois de sa courte histoire le Kazakhstan voit apparaitre quelques fêlures dans la chape de plomb autoritaire qui enserre le pays.

La réforme agraire voulue par le président Noursoultan Nazarbaiev a été stoppé net par quelques milliers de manifestants dans tout le pays. Sur 16 millions de kazakhs, c'est presque peanuts en somme.

Seulement voilà contrairement à nos apprentis révolutionnaires des Nuit Debout, les contestataires du cru risquaient un peu plus qu'une petite charge de policiers mal lunés. Pour mémoire en 2011, en pleine période des révolutions arabes et d'une hausse historique des cours du pétrole, des ouvriers de Janaozen protestant contre les licenciements massifs dans l'industrie pétroliére ont été acceuilli chaudement par l'ami kalashnikov. Bilan officiel, 17 ouvriers tués et une ribambelle de chanceux gracieusement hébergés par le pouvoir pour une durée indéfinie. Nourris, logés, blanchis, comme à la maison!

Que demande le peuple alors? Rien c'est parfait. Affaire classée donc? Que nenni. La situation économique ne s'arrange pas pour l'immense Kazakhstan, prisonnier de son économie de rente des hydrocarbures. Pour doper la croissance, le camarade Nazarbaiev a donc décidé d'ouvrir l'achat des terres non-utilisées – l'écrasante majorité du territoire en d'autres termes – aux investisseurs étrangers. Or les habitants ont rapidement fait le calcul. Ils ont pas un rond et la Chine riche, surpeuplée, et avide n'est pas loin...

D'autres parts, la population n'ignore rien de la corruption généralisée qui gangréne le régime et craint que cette mesure ne serve pas d'autres intérêts que ceux du clan au pouvoir. Voilà pourquoi le 1er mai, jour célébrant l'Unité nationale, une poignée de courageux s'est insurgé contre ce pillage organisé.

Aveu de faiblesse d'un dirigeant diminué? Clémence soudaine au seuil de la mort? Volonté d'apaisement avant la passation de pouvoir au neveu fétiche? Toujours est-il que le premier ministre en charge de la réforme a dû démissionner avec son projet sous le bras. Ce recul inattendu annonce-t'il des jours nouveaux sous le grand ciel qui a vu naître les hordes nomades?

 

Sous les pavés, la steppe.

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Terence 19/05/2016 17:02

Vous me rassurez. Le tendance baissière du brut 2014/2015 (à lequel le Kazakhstan n'échappe pas là non plus) a du vous induire en erreur par inadvertance car vous semblez par ailleurs bien au fait de la situation du pays.

Terence 19/05/2016 11:33

"Pour mémoire en 2011, en pleine [...] baisse historique des cours du pétrole" ?! - L'année 2011 a été une année record pour le prix du brut avec un baril à 111 dollars en moyenne sur l'ensemble de l'année, soit le plus au niveau jamais atteint depuis la chute des cours de 2008-2009 (Crise financière). En bon état pétrolier, le Kazakhstan en donc largement profité, du moins ses élites et classes moyennes émergentes à Astana et Almaty. Dans ce contexte les ouvriers de Janaozen manifestaient avant tout pour une meilleure reconnaissance de leur travail, nécessaire à l'acheminement du pétrole vers le marché, avec des revendications essentiellement salariales. Mais la grève étant interdite au Kazakhstan, de nombreux ouvriers ont été licenciés en représailles, ce qui a aggravé les troubles qui ont culminé avec les événements que vous décrivez.

le chaudronnier 19/05/2016 16:16

Bonjour et merci pour votre remarque sur la hausse du baril, il s'agit d'une erreur de frappe. Voici un lien le rappelant.

http://www.lefigaro.fr/matieres-premieres/2011/12/07/04012-20111207ARTFIG00825-2011-l-annee-la-plus-chere-pour-le-petrole.php

L'article ne s'attarde pas sur les tragiques événements de 2011 et ne remet pas en cause le fait que les ouvriers se soit mis en gréve pour des revendications salariales, mais bien les agitations qui ont suivis les licenciements et le traitement de l'incident par l'appareil d'Etat. J'espère que vous avez pris un peu de plaisir à lire le câble qui a vocation à mettre en lumière des situations mal connues ou peu médiatiques.