L'ère citoyenne

Publié le par Le Chaudronnier

L'ère citoyenne

Je ne verserai pas dans le mélodrame, mais les choses ne s'arrangent pas vraiment dans notre beau pays. Les gens perdent confiance, voire se résignent et c'est là bien pire.
On ne peut que les comprendre. Tous les jours, on ne parle que de mauvaises nouvelles et d'atrocités. Nous sommes en crise économique, en ralentissement, le chômage bondit, et les barbus - non pas les hipsters, ça reste encore sujet à caution - veulent notre peau. Je pourrais égrener inlassablement les malheurs de la France (mais aussi de l'humanité?), toutefois ce n'est pas le but recherché. Et si nous réfléchissions à un autre possible, une autre vision ? Je ne parle pas d'une vision optimiste ou négative, mais bien d'une réalité alternative.

Imaginons donc que nous décidions d'un changement drastique dans notre société. Un changement motivé par une volonté forte d'inverser ce cycle délétère, après s'être rendu compte que la base de notre mal est d'abord d'ordre interne. Pourquoi avons nous perdu foi en un avenir commun? Pourquoi ne croyons nous pas en notre destinée nationale sans que cela ne passe pour un gros mot ou un élément de langage propre aux idéologies des extrêmes? Nous ne ressentons pas l'appartenance à la République et les valeurs qu'elle porte nous paraissent bien floues.
Nous les portons en étendard quand nous nous sentons menacés, nous commémorons un passé dans lequel nous nous reconnaissons de moins en moins. Ultime symptôme de cette distance, nous votons de moins en moins et enlevons tout crédit à ceux qui sont censés nous représenter et faire vivre cette institution, moi le premier.  

Pourtant je me figure une sortie du tunnel. J'ai eu la chance de beaucoup voyager, et de constater que nous avions toutes les cartes en main pour régler, pas tous évidement, mais la plupart de nos problèmes. Seulement comme dans une histoire d'amour, il faut y croire un minimum pour que la sauce prenne. Il est bien normal que nous ignorions ce qu'est la République, elle n’apparaît que très peu dans nos vies et souvent sous des forme discrètes de services ou irritantes dans l’'imposition. Mais la République c'est bien plus que ça, c'est un système de valeurs à la fois contraignantes et garantes d'une liberté dont peu d'humains peuvent se vanter. Seulement il faut la rendre vivante et visible. Depuis plusieurs années, des gens de toutes conditions et d'âges divers réclament une prise en charge plus importante de l'éducation des enfants. Certains pensent à faire revivre le service militaire, d'autres à un service civique, et j'en passe. Pour avoir fait un peu d'armée à un moment de mon existence, je me permets d'émettre quelques réserves sur le bien fondé de déléguer l'éducation civique de notre jeunesse à une institution qui ne prône pas vraiment le libre arbitre et le débat. Les amateurs de discipline m'en voudront un peu sûrement.

Quant au service civique et aux cours d'éducation civique qu'on a pu recevoir, l'impact sur nos vies a été bien modeste. Ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain pour autant. Il existe une autre institution, bien plus mal aimée, à qui confier cette tâche délicate et supplétive de notre bonne vieille éducation nationale - vous saisirez l'ironie de la fin de mon propos. Je ne vous fais pas attendre, je pense à la police. Oui la flicaille, les cognes, les poulets. Pourquoi? Eh bien justement parce que c'est son rôle premier de policer la société.
Nous percevons tous la police avec un mélange de défiance, de mépris, et parfois de colère. Partant de là, c'est compliqué de faire tenir une société si on n'en respecte pas les premiers gardiens. Je passe sur toutes les raisons qui nous ont fait évoluer vers cette situation, ce n'est pas ici l'objet de mon article.

Je me suis imaginé une société où l'on confie pour quelques mois nos précieux bambins à un organisme d'état dépendant de la police chargé d'enseigner ce qu'est la République. Précisons le propos si vous n'êtes pas encore tombé de votre assise. De la fin du collège, l'entrée dans l'adolescence, à la fin du Lycée, la majorité, les élèves sont pris en charge pour des sessions d'un mois par an pendant le collège puis de trois mois en tant que lycéens. Que fait-on des collégiens? On leur fait faire des travaux d'intérêts généraux, de la rénovation de biens publics, d'espaces de loisirs, nettoyer leur environnement, on les place au service de la collectivité. En parallèle, on leur donne de vrais cours d'apprentissage de la citoyenneté. Qu'est-ce que le devoir, le droit, le citoyen. On leur montre qu'ils ne sont pas que des êtres individuels mais bien une part d'un grand collectif. La mixité est la règle, de la même manière qu'on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas son homologue citoyen. « Éduque ton prochain ou endure le » nous aurait soufflé Marc Aurèle. Je reviens à mes lycéens. Ces derniers seront mis à contribution pour de grands travaux, expliquant la durée plus longue du séjour, qui leur feront voir et réaliser qu'ils posent les jalons de leurs propre avenir. A une période de notre vie où l'on cherche à s'affirmer, voire à s'émanciper, la perspective d'un voyage initiatique en dehors de la cellule familiale a quelque chose de grisant à mon sens.

Le fait de bâtir quelque chose en commun et d'utile à la société me parait le meilleur vecteur d'acceptation de l'autre et rend possible l'appartenance à quelque chose de plus grand que soi. En parallèle à la réalisation de cet objectif commun, des débats sur de grandes questions sont organisés le soir où tout le monde est libre de s'exprimer s'il le souhaite. Un test de connaissances générales est organisé à la fin du dernier cycle dont l'enjeu n'est pas anodin, sa réussite conditionne l'accès au droit de vote. Un échec n'étant pas définitif, les tests se repassent chaque année après la majorité. On n'est pas des monstres quand même. Le fait que la police encadre l'ensemble du projet a pour but de redonner du lustre à cette fonction et à instiller un respect perdu depuis trop longtemps pour ceux qui sont chargés de nous protéger et de garantir la paix sociale. Bien sûr, cela implique une mutation des institutions policières, tout comme l'avait opéré par le passé l'armée française.

Je conçois que tout ça sonne comme une refonte d'un régime totalitaire, les grands travaux, l'uniformisation de la jeunesse, la destinée nationale, etc. Je me défendrais en faisant remarquer que ce sont les seules choses qui ont permis de faire accepter l'inacceptable pendant tant d'années à des populations entières, et qui font encore regretter à certaines personnes le temps de la fierté nationale et de l'insouciance révolutionnaire ou du rassurant traditionalisme. Nous ne faisons qu'utiliser des outils qui peuvent paraître de prime abord similaires.
Quand bien même, nos objectifs différent grandement car on ne cherche pas à restreindre la parole et le libre arbitre. L'accent est mis sur le débat et l'égalité entre citoyens, sur le respect mutuel entre la république et les personnes qui la composent.
Une sorte d'échange sain pour montrer que quand nous recevons, c'est aussi pour donner. On ne décharge pas la jeunesse, on la responsabilise, on crée un acte fondateur du citoyen. Un passage à l'âge adulte respectant nos principes laïcs et égalitaires.

Ce genre de rituel me parait bien plus porteur que tous les grands mots dont on nous abreuve quotidiennement mais qui, vidés de leurs substances, jonchent le sol comme des coquilles vides. Bien sûr c'est une utopie, mais sa réalisation sous d'autres formes peut être assez facilement envisageable. En tout cas je m'y serais bien vu, me gargarisant d'avoir réalisé de mes mains et du haut de mon jeune âge un bel ouvrage, d'avoir vu autre chose que ma région, et d'avoir fait de nouvelles rencontres.
Il y a pire comme départ dans la vie, non?

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